RÉPUBLIQUE FRANÇAISE · Analyse indépendante · sources publiques, programmes officiels, déclarations vérifiées
Thème présidentiel

Éducation : que proposent les candidats ?

Autorité à l'école, effectifs par classe, salaires enseignants, apprentissage : les programmes des candidats à la présidentielle 2027 sur l'éducation, comparés point par point.

Tous les thèmes

Le "choc des savoirs", une réforme contestée et inégalement appliquée

L'éducation poursuit plusieurs objectifs à la fois : transmettre des connaissances, préparer à l'emploi, former des citoyens, réduire les inégalités sociales. Presque tous les candidats s'accordent sur ces objectifs ; les désaccords portent sur les moyens.

La réforme la plus commentée du mandat qui s'achève est le « choc des savoirs », annoncé le 5 décembre 2023 par Gabriel Attal, alors ministre de l'Éducation nationale : groupes de niveau en français et en mathématiques au collège, brevet rendu obligatoire pour passer en lycée, suppression des correctifs académiques qui gonflaient artificiellement le taux de réussite au brevet. Attal lui-même a reconnu que cette dernière mesure ferait mécaniquement baisser les résultats affichés, de 5 à 15 points de réussite selon les départements.

La réforme a suscité une opposition forte des syndicats enseignants, avec une grève nationale le 1er février 2024, tandis qu'un député RN a publiquement salué une mesure proche, selon lui, du programme de Marine Le Pen. Un an après sa mise en œuvre, une enquête du syndicat Snes-FSU indiquait que 64,5 % des collèges n'avaient pas appliqué les groupes de niveau tels qu'ils avaient été conçus, principalement pour des raisons d'organisation et de manque de professeurs.

C'est ce contraste entre une réforme fortement médiatisée et sa mise en œuvre partielle sur le terrain qui alimente le débat de 2027 : faut-il la généraliser, la corriger, ou l'abandonner ?

Tableau comparatif

SujetMélenchonTondelierGlucksmannAttalPhilippeRetailleauLe PenBardellaRousselZemmourArthaudDupont-Aignan
Budget éducationForte hausseForte hausseHausse progressiveRéforme + efficienceRéforme structureRéorientation · pas de hausseRéorientation vers filières nationalesRéorientation vers filières nationalesForte hausseMaintien · réforme pédagogiqueForte hausse · école publiqueMaintien + réforme
Effectifs par classeRéduction forte · objectif 15 élèvesRéduction forteRéduction progressiveRéduction ciblée zones prioritairesOrganisation flexiblePas de position spécifique · souplesseClasses de niveau · pas de cible numériqueClasses de niveau · pas de cible numériqueRéduction forteClasses de niveau · pas de cible numériqueRéduction fortePas de position spécifique
Salaires enseignantsHausse forteHausse forteRevalorisationRevalorisation + mériteMérite + performanceMérite + mobilitéRevalorisationRevalorisationHausse forteMérite · revalorisation conditionnelleHausse forteRevalorisation + mérite
Autorité / disciplineAccompagnement · citoyenneté laïqueAccompagnement · éducation écologiqueÉquilibre exigence/bienveillanceExigence + évaluation nationaleAutorité + mériteAutorité forte + sanctionsAutorité forte + transmission nationaleAutorité forte + transmission nationaleAutorité + égalité territorialeAutorité maximale · lutte islamisme à l'écoleLutte inégalités scolaires · pas de surenchère autoritéAutorité + méritocratie républicaine
Enseignement privéRéduction financement publicRééquilibrageMaintienMaintienMaintienDéveloppementDéveloppementDéveloppementRéduction financement publicDéveloppement · liberté scolaireRéduction forte financement publicLiberté scolaire maintenue
Apprentissage / proValorisé + égalité avec généralValorisé + transition écologiqueDéveloppéPriorité fortePriorité forteDéveloppementValoriséValoriséPriorité industrie et métiers manuelsValoriséÉgalité filières · pas de hiérarchieValorisé · réindustrialisation

Les lignes de fracture

École de l'égalité sociale
Mélenchon · Roussel
Réduction des inégalités comme priorité absolue. Investissement public massif, réduction forte des effectifs par classe, revalorisation importante des enseignants.
École écologique et inclusive
Tondelier
Accent sur l'éducation à l'environnement, la citoyenneté et l'égalité des chances. Davantage de moyens pour les établissements les plus fragiles.
École social-démocrate
Glucksmann
Amélioration progressive du système par davantage de moyens et de réformes. Meilleure formation des enseignants, réduction progressive des inégalités de réussite.
École de la performance
Attal
Évaluation régulière, exigence académique, meilleure gestion des établissements, valorisation du mérite. Priorité forte donnée à l'apprentissage.
École de l'autorité
Philippe · Retailleau
Discipline, transmission des savoirs et restauration de l'autorité scolaire. Retailleau insiste davantage sur les sanctions et l'assimilation républicaine.
École républicaine identitaire
Le Pen · Bardella
Transmission des savoirs, autorité, assimilation républicaine et lutte contre le communautarisme à l'école. Valorisation de l'identité nationale dans les programmes.

Positions détaillées par candidat

Jean-Luc Mélenchon
La France insoumise
Mélenchon défend un investissement massif dans l'école publique : réduction forte des effectifs par classe (objectif de 15 élèves), revalorisation importante des enseignants et lutte prioritaire contre les inégalités scolaires. Il souhaite réduire le financement de l'enseignement privé sous contrat et renforcer la carte scolaire pour favoriser la mixité sociale.
Marine Tondelier
Les Écologistes
Tondelier souhaite renforcer l'école publique tout en développant l'éducation à l'environnement et à la citoyenneté. Elle insiste sur la réduction des inégalités entre établissements, davantage de moyens pour les zones défavorisées et l'importance d'une école inclusive. Elle s'oppose à l'expansion de l'enseignement privé.
Raphaël Glucksmann
Place Publique · PS
Glucksmann veut augmenter les moyens de l'école tout en modernisant son fonctionnement : meilleure formation initiale des enseignants, réduction progressive des effectifs dans les classes les plus chargées, amélioration des conditions de travail et réduction des inégalités de réussite. Il défend une école de la République ouverte à tous.
Gabriel Attal
Renaissance
C'est Attal qui a lancé le « choc des savoirs » en décembre 2023, alors ministre de l'Éducation : groupes de niveau, brevet obligatoire, fin des correctifs académiques. Pour 2027, il défend le prolongement de cette ligne : évaluations régulières dès le primaire, exigence académique renforcée, valorisation du mérite, apprentissage et insertion professionnelle comme priorités.
Édouard Philippe
Horizons
Philippe insiste sur les savoirs fondamentaux, le développement de l'apprentissage et le rapprochement de l'école avec les besoins économiques. Il préfère les réformes structurelles à l'augmentation de budget, défend la responsabilisation des établissements et la méritocratie républicaine.
Bruno Retailleau
Les Républicains
Retailleau défend le renforcement de l'autorité des enseignants, la lutte contre le communautarisme à l'école, le rétablissement de sanctions plus systématiques et le recentrage des programmes sur la transmission des savoirs et des valeurs républicaines. Il est favorable au développement de l'enseignement privé.
Jordan Bardella · Marine Le Pen
Rassemblement national
Le RN défend une école de la transmission : autorité des enseignants, lutte contre les violences scolaires, sanctions fermes et recentrage de l'enseignement sur la transmission des savoirs et l'identité nationale. Il souhaite développer les classes de niveau et valoriser les filières professionnelles pour les élèves qui ne se destinent pas aux études supérieures.
Fabien Roussel
Parti communiste français
Roussel défend une école publique forte qui valorise les filières professionnelles et les savoir-faire techniques, souvent dévalorisés par rapport aux filières générales. Il souhaite garantir une égalité réelle entre les territoires dans les moyens accordés aux établissements, et revaloriser fortement les enseignants.

Questions fréquentes

Pourquoi le niveau scolaire français fait-il débat ?
Des évaluations internationales comme PISA montrent des difficultés en mathématiques et des écarts importants entre élèves selon leur origine sociale. Les interprétations divergent : manque d'autorité et d'exigence pour certains, manque de moyens et poids des inégalités sociales pour d'autres.
Faut-il davantage de moyens ou des réformes d'organisation ?
La France dépense déjà plusieurs centaines de milliards d'euros par an pour l'éducation. La droite estime qu'il faut mieux utiliser les moyens existants en réformant les structures. La gauche défend une augmentation des budgets, notamment pour réduire les effectifs par classe et revaloriser les enseignants.
Qu'est-ce que l'apprentissage et pourquoi est-il valorisé ?
L'apprentissage est une voie de formation alternant cours théoriques et pratique en entreprise, qui conduit à des diplômes professionnels. Il a connu une forte expansion depuis 2018 et est présenté comme une réussite par le gouvernement. Certains y voient une valorisation des métiers manuels, d'autres craignent qu'il ne se développe au détriment de l'enseignement général.
Sources : programmes officiels, évaluations PISA, données DEPP · Mise à jour : juin 2026