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Thème présidentiel

Agriculture : que proposent les candidats ?

PAC, pesticides, libre-échange, revenus agricoles, souveraineté alimentaire : les programmes des candidats sur l'agriculture comparés point par point.

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Des promesses de 2024, une loi toujours pas votée

L'agriculture représente moins de 2 % des emplois en France mais occupe une place centrale dans le débat public, entre alimentation, aménagement du territoire, environnement et souveraineté alimentaire.

Le point de départ de la séquence actuelle est la mobilisation agricole de janvier 2024 : blocages routiers dans tout le pays à partir du 16 janvier, jusqu'à 400 km d'autoroutes coupées dans le Sud, siège de Paris annoncé. Le Premier ministre Gabriel Attal, en poste depuis une semaine, a répondu le 26 janvier par dix mesures de simplification et l'abandon de la baisse programmée des aides au gazole agricole, avant une seconde vague de concessions début février qui a permis la levée des barrages.

Mais un an plus tard, un rapport de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, publié en janvier 2025, constate que la plupart des mesures annoncées ne sont toujours pas entrées en vigueur, et que la loi d'orientation agricole censée les décliner reste en suspens. C'est ce décalage entre les annonces et leur application qui alimente la défiance persistante du monde agricole à l'approche de 2027.

Sur ce terrain, l'accord commercial UE-Mercosur, qui ouvrirait le marché européen à davantage de viande et de céréales sud-américaines, est devenu le point de fixation le plus concret du débat : la quasi-totalité des candidats s'y opposent, à l'exception du bloc central qui le soutient sous conditions de réciprocité.

Tableau comparatif

SujetMélenchonTondelierGlucksmannAttalPhilippeRetailleauLe PenBardellaRousselZemmourArthaudDupont-Aignan
Revenus agricolesPrix planchersPrix garantisAmélioration négociéeLoi EGAlim renforcéeCompétitivitéRéduction chargesProtection marché · prix rémunérateursProtection marché · prix rémunérateursPrix rémunérateurs garantisStabilisation revenus · anti-centrales achatContrôle public distribution · fin écrasement prixStabilisation revenus · protectionnisme
PesticidesRéduction forte rapideRéduction forte rapideTransition accompagnéeTransition progressiveSimplification normesRéduction forte normesCritique normes UE · pragmatismeCritique normes UE · pragmatismeMaintien élevage + réduction progressiveRéduction normes · liberté d'exploitationRéduction · intérêt collectifCritique normes excessives
Libre-échange agricoleContre CETA MercosurContre sans normesSous conditions strictesPour avec réciprocitéPourPour avec réciprocitéContre Mercosur · protection marchéContre Mercosur · protection marchéContre dumpingProtectionnisme fort · anti-MercosurContrôle public production alimentaireAnti-Mercosur · souveraineté alimentaire
ÉlevageMaintien encadréRéduction progressiveMaintien durableSoutienSoutien fortSoutien fortSoutien fortSoutien fortSoutien fortSoutien fortMaintien · souveraineté alimentaireSoutien fort
PACRéorientation sociale et écoloRéorientation écologique forteTransition écologiqueSimplification + maintienCompétitivitéRéduction normesProtection marché françaisProtection marché françaisProtection producteursProtection producteurs · anti-libre-échangeSouveraineté alimentaire · fin profits distributionProtection producteurs · réforme normes
Foncier agricoleRégulation forteLutte artificialisationProtection terresSimplificationMarchéMarchéProtection terres françaisesProtection terres françaisesRégulationProtection terres · préférence nationaleRégulation · intérêt collectifProtection terres agricoles

Mercosur : le clivage qui traverse tous les autres

Plus que le clivage écologique habituel, c'est la position sur l'accord de libre-échange UE-Mercosur qui sépare aujourd'hui les candidats de façon la plus nette et la plus concrète.

Opposition frontale au Mercosur
Mélenchon · Tondelier · Le Pen · Bardella · Roussel · Retailleau
De la gauche de rupture au RN en passant par une partie de la droite, l'opposition à l'accord Mercosur fait consensus, pour des raisons différentes : concurrence déloyale, normes environnementales, ou souveraineté alimentaire.
Opposition conditionnée
Glucksmann
Refus de l'accord en l'état, mais ouverture à une renégociation sous conditions environnementales et sanitaires strictes plutôt qu'un rejet de principe.
Soutien sous réciprocité
Attal · Philippe
Seuls candidats à soutenir l'accord, à condition que les produits importés respectent des normes de réciprocité avec les standards européens.

Au-delà du Mercosur : écologie et modèle agricole

Sortie de l'agriculture intensive
Mélenchon · Tondelier
Réduction forte et rapide des pesticides, développement du bio, réorientation des aides publiques vers les pratiques durables.
Transition accompagnée
Glucksmann
Concilier compétitivité et transition environnementale en accompagnant les exploitants plutôt qu'en imposant des changements brutaux.
Priorité à la compétitivité
Attal · Philippe · Retailleau
Simplification des normes et réduction des contraintes réglementaires jugées excessives, transition environnementale plus progressive.
Souveraineté et protectionnisme
Le Pen · Bardella · Roussel
Protection du marché français et critique des normes européennes jugées pénalisantes face à une concurrence internationale non soumise aux mêmes règles.

Positions détaillées par candidat

Jean-Luc Mélenchon
La France insoumise
Mélenchon veut sortir progressivement de l'agriculture intensive, réduire fortement l'usage des pesticides et développer l'agriculture biologique. Il propose de réorienter les aides publiques vers les exploitations les plus durables, d'instaurer des prix planchers pour garantir les revenus agricoles et de refuser les accords de libre-échange comme le CETA ou le Mercosur qui créent une concurrence déloyale.
Marine Tondelier
Les Écologistes
Tondelier défend une transition écologique rapide de l'agriculture, avec une réduction progressive des intrants chimiques et un accompagnement financier fort des agriculteurs vers des modèles plus durables. Elle souhaite réorienter la PAC vers des objectifs environnementaux, développer le bio et lutter contre l'artificialisation des terres agricoles. Elle est opposée à la réduction de la consommation de viande par obligation mais souhaite encourager une évolution progressive.
Raphaël Glucksmann
Place Publique · PS
Glucksmann veut concilier compétitivité agricole et transition environnementale en accompagnant les agriculteurs plutôt qu'en leur imposant des changements brutaux. Il défend des accords de libre-échange uniquement sous conditions strictes de réciprocité des normes sociales et environnementales, et souhaite améliorer le partage de la valeur entre producteurs et grandes surfaces.
Gabriel Attal
Renaissance
C'est à Attal, Premier ministre depuis une semaine, qu'est revenu de répondre aux blocages de janvier 2024 : dix mesures de simplification et abandon de la baisse des aides au gazole agricole, annoncés le 26 janvier. Pour 2027, il prolonge cette ligne avec une agriculture productive et innovante, misant sur les nouvelles technologies et une loi EGAlim renforcée pour la rémunération des agriculteurs, sans mesures qu'il jugerait punitives sur le plan environnemental.
Édouard Philippe
Horizons
Philippe défend une agriculture compétitive à l'échelle européenne et mondiale. Il veut simplifier les normes, permettre aux exploitations de gagner en productivité et préserver une agriculture française forte. Il est favorable au libre-échange mais défend une réciprocité des normes dans les accords commerciaux. Il s'oppose aux mesures jugées excessivement contraignantes pour les agriculteurs.
Bruno Retailleau
Les Républicains
Retailleau veut réduire fortement les normes environnementales jugées excessives, défendre les agriculteurs face aux contraintes administratives et soutenir le libre-échange lorsqu'il bénéficie à l'économie française. Il s'oppose aux contraintes imposées par le Green Deal européen et défend le maintien de l'élevage comme activité économique et culturelle majeure.
Jordan Bardella · Marine Le Pen
Rassemblement national
Le RN défend la protection du marché français contre certaines importations, la souveraineté alimentaire et le maintien de l'élevage. Il critique fortement les normes européennes jugées pénalisantes pour les agriculteurs français. Il s'oppose aux accords de libre-échange type Mercosur et veut protéger les terres agricoles contre l'artificialisation et les achats étrangers.
Fabien Roussel
Parti communiste français
Roussel défend fortement la production agricole française, les prix rémunérateurs garantis par la loi et le soutien explicite à l'élevage comme secteur économique et culturel. Il s'oppose aux accords de libre-échange qui créent une concurrence déloyale. Il veut une régulation publique des prix agricoles et refuse que les logiques de grande distribution écrasent les revenus des producteurs.

Questions fréquentes

Pourquoi les agriculteurs manifestent-ils régulièrement ?
Les revendications portent sur plusieurs sujets : des revenus jugés insuffisants malgré des prix de vente parfois élevés (la valeur ne redescend pas toujours jusqu'aux producteurs), la complexité des normes administratives, la concurrence de produits importés selon des règles moins strictes, et l'impact des accords de libre-échange. En 2024, les manifestations ont conduit à des révisions de certaines réglementations environnementales.
Qu'est-ce que la loi EGAlim et pourquoi fait-elle débat ?
Les lois EGAlim visent à garantir une meilleure rémunération aux agriculteurs en restructurant les négociations commerciales avec les grandes surfaces. Leurs partisans estiment qu'elles vont dans le bon sens. Leurs critiques considèrent qu'elles sont insuffisamment appliquées et que les grandes enseignes trouvent des moyens de contourner les dispositions.
Faut-il réduire la consommation de viande ?
C'est l'un des sujets les plus sensibles. Les écologistes défendent une réduction progressive pour des raisons environnementales et de santé publique. La droite et le centre défendent l'élevage comme activité économique et culturelle majeure. Aucun candidat principal ne propose d'interdire la viande, mais les divergences sur les aides et les normes sont réelles.
Sources : programmes officiels, données Agreste, Conseil général de l'alimentation · Mise à jour : juin 2026