Retour à 60 ans, maintien à 64 ans, report à 65 ans : le débat sur les retraites oppose profondément les candidats à la présidentielle 2027. Comparez leurs positions, point par point.
En France, près de 17 millions de personnes perçoivent une pension de retraite, pour une dépense représentant environ 14 % du PIB. Le système repose sur la répartition : les cotisations des actifs financent directement les pensions versées aux retraités actuels, sans capital individuel accumulé.
Ce qui distingue les retraites des autres thèmes de la présidentielle 2027, c'est que le sujet a déjà fait tomber deux réformes en six ans, sans jamais se refermer. La première, portée par Édouard Philippe alors Premier ministre, visait à remplacer les 42 régimes existants par un système universel par points. Annoncée le 11 décembre 2019 après six jours de grève déjà entamée, elle a provoqué le plus long mouvement de grève continue de l'histoire de la SNCF. Philippe avait dû reculer sur l'un des points les plus contestés, l'« âge pivot » à 64 ans, avant que la réforme ne soit finalement abandonnée avec l'arrivée du Covid-19 en mars 2020, sans jamais aller à son terme.
La seconde, portée par le gouvernement d'Élisabeth Borne, a repris cet âge de 64 ans mais sans le système par points, sur un texte plus resserré. Face à une mobilisation de plusieurs mois et à l'absence de majorité certaine à l'Assemblée, l'exécutif a recouru au 49.3 le 16 mars 2023. Une motion de censure déposée par le groupe LIOT a échoué à neuf voix près. Le Conseil constitutionnel a censuré six articles annexes le 14 avril tout en validant l'âge de 64 ans, et une proposition de loi d'abrogation portée ensuite par le même groupe LIOT a été jugée irrecevable par la présidente de l'Assemblée nationale, empêchant tout nouveau vote sur le fond.
Ce double antécédent, une réforme abandonnée puis une réforme imposée sans vote final, explique pourquoi le débat de 2027 porte autant sur la méthode que sur l'âge légal lui-même. C'est aussi ce qui rend la position de chaque candidat sur ce sujet particulièrement scrutée : plusieurs étaient déjà aux responsabilités lors de l'un de ces deux épisodes.
Tableau comparatif
Sujet
Mélenchon
Tondelier
Glucksmann
Attal
Philippe
Retailleau
Le Pen
Bardella
Roussel
Zemmour
Arthaud
Dupont-Aignan
Âge légal
60 ans
62 ans
62–64 ans selon carrières
64 ans (maintien réforme 2023)
65 ans
65 ans ou +
62 ans
62 ans
60 ans
64 ans (programme 2022)
60 ans
Contre 64 ans · départ anticipé carrières longues
Financement
Cotisations + redistribution richesses
Cotisations + fiscalité
Réforme négociée partenaires sociaux
Croissance + capitalisation partielle
Travail plus long · pas de hausse prélèvements
Économies budgétaires · allongement cotisation
Économies budgétaires · lutte contre fraudes
Économies budgétaires · réorientation dépenses
Cotisations + hausse salaires
Capitalisation complémentaire · pas de hausse cotisations
Taxation des profits et grandes fortunes
Répartition défendue · pas de capitalisation
Pension minimale
1 200 € net
1 200 € net
1 200 € net
Revalorisation ciblée
Maintien niveau actuel
Maintien niveau actuel
1 200 € net
1 200 € net
1 200 € net
Exonération CSG/CRDS < 1 300 €
Hausse générale · pas de chiffre affiché
Maintien + valorisation petites retraites
Capitalisation
Refus total
Refus
Refus
Développement partiel
Développement épargne retraite
Développement fort
Refus
Refus
Refus total
Développement
Refus total · répartition uniquement
Répartition défendue
Pénibilité
Prise en compte forte
Forte
Renforcée
Critères actuels
Critères ciblés
Limitée
Prise en compte · départs anticipés
Prise en compte
Forte · métiers manuels
Pas de position précise
Forte
Prise en compte · carrières longues
Régimes spéciaux
Maintien
Maintien
Convergence progressive
Suppression engagée
Suppression
Suppression
Harmonisation
Harmonisation
Maintien partiel
Suppression
Maintien · acquis sociaux
Harmonisation progressive
Abroger, maintenir ou durcir : trois réponses à la réforme de 2023
Plutôt qu'un clivage gauche-droite classique, la réforme de 2023 dessine trois camps qui recoupent partiellement les familles politiques habituelles. C'est la question qui, concrètement, tranche entre les candidats : que faire du texte adopté par 49.3 ?
Quatre candidats veulent défaire la réforme de 2023, mais sans s'accorder sur l'âge de retour ni sur le financement : cotisations et redistribution à gauche, économies budgétaires au RN.
Renégocier entre 62 et 64 ans
Glucksmann
Seul candidat à proposer de rouvrir une négociation avec les partenaires sociaux plutôt que d'abroger ou de maintenir en l'état, avec un âge résultant de la négociation par carrière.
Maintenir le texte de 2023
Attal
Seul candidat à défendre explicitement le statu quo à 64 ans, sans y revenir ni aller plus loin, en misant sur l'épargne retraite complémentaire pour le reste.
Aller plus loin que 2023
Philippe · Retailleau
Les deux seuls candidats à vouloir repousser l'âge légal au-delà de 64 ans, vers 65 ans ou plus, au nom de l'équilibre financier du système.
Positions détaillées par candidat
Jean-Luc Mélenchon
La France insoumise
Retour à 60 ans, 40 annuités, abrogation complète du texte de 2023 : c'est la position la plus tranchée du côté de l'abrogation. Mélenchon chiffre le financement principalement sur l'égalité salariale entre femmes et hommes, qu'il estime capable d'augmenter les cotisations d'environ 25 %, complétée par une contribution accrue des hauts revenus et une taxation des multinationales. Toute forme de capitalisation est exclue, les régimes spéciaux maintenus.
À la différence de Mélenchon et Roussel, Tondelier ne vise pas 60 ans mais 62, avec davantage de souplesse pour les carrières longues et les métiers pénibles. Son financement mêle cotisations sociales et recettes publiques, sans recours à la capitalisation. Elle relie explicitement le dossier des retraites à celui des inégalités salariales entre femmes et hommes.
Seul candidat à ne pas afficher un âge unique, Glucksmann propose de rouvrir une négociation avec les partenaires sociaux pour fixer un départ entre 62 et 64 ans selon les carrières · une méthode qui tranche avec le passage en force de 2023. Il défend la répartition, exclut la capitalisation, et porte une revalorisation de la pension minimale à 1 200 €.
Devenu Premier ministre en janvier 2024, après l'adoption de la réforme, Attal n'a pas eu à porter lui-même le 49.3 de 2023 mais en hérite politiquement. Sa position pour 2027 est le maintien pur et simple du texte à 64 ans, sans retour en arrière ni durcissement, complété par une épargne retraite progressive et la poursuite de la suppression des régimes spéciaux.
Philippe est le seul candidat à avoir déjà porté une réforme des retraites au pouvoir : son projet de système universel par points, en 2019-2020, avait provoqué le plus long mouvement de grève continue de l'histoire de la SNCF avant d'être abandonné avec le Covid-19. Pour 2027, il ne reprend pas l'idée des points mais va plus loin que le texte de 2023, avec un report vers 65 ans, la préservation des pensions sans hausse des cotisations, et le développement de l'épargne retraite.
Sur le fond, Retailleau rejoint Philippe dans le camp de ceux qui veulent aller au-delà de 2023 · durée de cotisation allongée, âge de départ pouvant dépasser 65 ans. La différence tient à l'accent mis sur la réduction du poids de l'État plutôt que sur l'équilibre du système lui-même, avec un recours assumé à la capitalisation complémentaire et la suppression des régimes spéciaux restants.
Le RN se retrouve, sur l'âge, dans le même camp que Tondelier · un retour à 62 ans, avec départ anticipé pour les carrières longues. Le financement, en revanche, ne doit rien aux cotisations : économies budgétaires, lutte contre certaines fraudes, limitation des aides aux étrangers et réorientation de la dépense publique. La capitalisation est écartée.
Roussel rejoint Mélenchon sur l'objectif des 60 ans et des 40 annuités, mais déplace l'accent : la revalorisation des petites pensions à 1 200 € minimum et la pénibilité des métiers manuels et ouvriers occupent une place plus centrale dans son discours. Le financement passerait par la hausse des salaires et des cotisations, sans capitalisation.
Quel est l'âge légal de départ en retraite en France actuellement ?
Depuis la réforme de 2023, l'âge légal est fixé à 64 ans, avec une durée de cotisation de 43 annuités pour une retraite à taux plein. Cet âge est progressivement relevé depuis 62 ans. La quasi-totalité des candidats à la présidentielle 2027 se positionnent pour l'abroger, le maintenir ou le dépasser.
Pourquoi le système de retraite est-il souvent présenté comme déficitaire ?
Le solde du système est à l'équilibre à court terme mais les projections du Conseil d'orientation des retraites (COR) indiquent un déficit potentiel dans les années à venir, en raison du vieillissement de la population et du ralentissement de la croissance démographique. Ces projections sont toutefois conditionnées à des hypothèses économiques contestées.
La capitalisation pourrait-elle remplacer la répartition en France ?
Aucun candidat principal ne propose un tel remplacement. La capitalisation est évoquée exclusivement comme complément au système actuel par certains candidats de droite et du centre. La répartition reste le pilier de toutes les propositions présentées.
Qu'est-ce que la prise en compte de la pénibilité ?
La pénibilité désigne les conditions de travail difficiles (travail de nuit, exposition à des produits dangereux, port de charges lourdes, etc.). Sa prise en compte permet des départs anticipés pour les personnes exerçant des métiers pénibles. Le périmètre exact des critères retenus est l'un des points de désaccord entre les candidats.
Sources : programmes officiels des partis, déclarations publiques des candidats, rapports du Conseil d'orientation des retraites (COR), données INSEE. Chronologie 2019-2023 vérifiée auprès de vie-publique.fr, France 24 et des comptes rendus de l'Assemblée nationale · Mise à jour : septembre 2026
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